2.3 Comprendre le capitalisme de surveillance
Comprendre le capitalisme de surveillance
Le capitalisme de surveillance est une organisation complexe basée sur différentes caractéristiques :
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La collecte massive de données (« BigData »), suivie de leur extraction et analyse (notamment via l’I.A.) : en ligne, via les smartphones et l’internet des objets, la géolocalisation, les « smart cities», etc.
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De nouvelles formes contractuelles : lobbying sur les nouvelles régulations autour du numérique (suppression de la neutralité du net aux États-Unis, directive Copyright au Parlement européen, etc.) mais aussi généralisation du contrat « à la tâche » au dépend du salariat (« digital labor », recours à l’auto-entrepreneuriat géré par algorithmes, etc.
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La personnalisation des services : optimisation et adaptation des services en fonction des individus, dont le confort induit se « paie » par l’acceptation (volontaire ou non) à fournir des informations personnelles.
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L’expérimentation permanente : c’est à partir du « réel » que sont générées les données, et une des caractéristiques du capitalisme de surveillance est sa capacité, sur la base d’expérimentations permanentes, à réutiliser ces données pour orienter ce réel, par exemple à des fins d’orientations comportementales.
L’un des principaux dangers identifiés du capitalisme de surveillance est qu’il peut avoir des répercussions sociales, politiques et économiques importantes, voir porter atteinte aux libertés fondamentales (mettant de facto en péril le capitalisme « traditionnel » lui-même).
Ce système prend ainsi ses sources au début des années 2000 : Google qui est déjà un puissant moteur de recherche, avec plus de 7 millions de requêtes effectuées par jour, peine pourtant à trouver un modèle économique rentable. Google va alors commencer à utiliser les données de recherche et de navigation de ses utilisateurs pour les transformer en outils de prédiction, capables d’orienter les publicités vers les personnes susceptibles d’être intéressées. En clair : plus de publicités au hasard des pages et des recherches, mais des fenêtres sur mesure, apparaissant sur nos écrans pour répondre à des besoins que nous n’avions pas encore. Entre 2000 et 2004, les revenus de Google augmentent de 3590 % et le capitalisme de surveillance est né.Dès la fin des années 2000, les géants du web ont développé une inlassable stratégie de colonisation et de contrôle de nos informations personnelles par un grand nombre d’usages et d’outils qui, rapidement, savent se faire passer pour indispensables.
Un processus de concentration se met en œuvre avec le rachat d’une myriade d’entreprises par les mastodontes du numérique qui consolident ainsi leur position et sécurisent l’accès à nos données. Tout à la crainte du totalitarisme étatique, nous n'avons
pas vu que la surveillance, et le danger, sont passés entre les mains d’entreprises privées.
Mais ce capitalisme de surveillance qui s’est construit dans le numérique commence désormais à s’étendre au monde réel. L’économiste donne d’ailleurs un certain nombre d’exemples tout à fait édifiants : de l’appropriation de l’espace public,
minutieusement cartographié par les voitures Google, aux objets intelligents, ne fonctionnant pleinement que si l’utilisateur leur donne accès à l’ensemble de ses données. Shoshana Zuboff prend également l’exemple de Pokémon Go, jeu sur téléphone
portable ayant connu un immense succès populaire et dont l’objectif est relativement simple : les joueurs déambulent dans les rues à la recherche de Pokémon, petites créatures dotées de pouvoirs, qui apparaissent sur leur écran grâce un procédé
de réalité augmentée. Mais ce que l’on ne savait pas, c’est qu’en poussant les joueurs à la recherche de ces Pokémon, le jeu guidait également leur pas, vers des espaces bien réels : des boutiques, des cafés, bénéficiant de cet afflux de
joueurs. L’opérateur du jeu, Niantic, aurait ainsi rapidement passé des accords avec des enseignes telles que McDonald’s et Starbucks, pour s’assurer de la présence de pokémon à proximité de leur commerce. Et les naïfs joueurs, par les pokémons alléchés,
de tomber joyeusement dans leurs nombreux filets. Ces commerces deviennent alors des annonceurs, qui paient Google à chaque fois qu’un joueur se trouve à proximité. Sur le très classique modèle du paiement au clic, les mastodontes du numérique sont
désormais payés à la visite.
Mais la critique de Shoshana Zuboff ne s’arrête pas là. Ainsi, pour elle, le caractère véritablement problématique de ce capitalisme de surveillance est qu’il opère une transformation de l’expérience humaine en « données comportementales ». Données qu’il va non seulement falloir collecter et monétiser mais, plus grave encore, plier et infléchir à son profit. Car la valeur de ces données est d’autant plus forte que leur prédiction est fiable. Le capitalisme de surveillance ne se contente donc pas de nous observer, mais s’immisce dans chaque espace des nos vies, pour conquérir et contrôler ce qu’il restait encore de notre liberté.
Ce capitalisme n’étant plus confiné à l’économie, il va donc falloir pour le combattre trouver de nouveaux moyens d’action collective, comme les travailleurs ont trouvé face au capitalisme industriel leurs propres moyens de lutte. C'est ce que
nous vous proposons de découvrir dans la troisième séquence de ce cours.
Pour aller plus loin :
- article Définitions du capitalisme de Surveillance de Christophe Masutti (Statium Blog, novembre 2018)
- article Un capitalisme de surveillance de Shoshana Zuboff (Le Monde diplomatique, janvier 2019)
- article Surveiller et prédire de Sébastien Broca (La vie des idées, mars 2019)
- article Le capitalisme de surveillance, maître des marionnettes de Géraldine Delacroix (Mediapart, mars 2019)
- article Fuckapital de Christophe Masutti (Statium Blog, juin 2019)