Le positionnement des associations par rapport au numérique

D’après l’enquête La place du numérique dans le projet associatif  en 2022 réalisée par Recherches & Solidarités et Solidatech, la crise sanitaire a fortement poussé les associations à accélérer leur transition numérique. C’est le cas pour 46 % d’entre elles. Mais la mise en place d’outils numériques dans ce contexte s’est faite de manière accélérée et non sans difficultés.

73% des équipes dirigeantes ont ainsi été amenées à revoir leur organisation et leur mode de fonctionnement. Grâce au numérique, elles ont permis aux salarié⋅es, bénévoles et volontaires de continuer à faire vivre l’association. Le travail à distance a été mis en place, les relations avec les bénévoles ont été aménagées, les visioconférences sont entrées dans le quotidien associatif. Les relations avec les bénéficiaires ont également été révisées pour proposer d’autres formes de soutiens ou d’activités.

Les usages ont fortement progressé ces dernières années : 50 % des associations utilisent désormais le numérique pour travailler plus efficacement ensemble, soit 11 % de plus qu’en 2019. Elles sont désormais 24 % à utiliser le numérique pour organiser leurs AG et leurs CA en distanciel.

De nombreuses améliorations ont été observées grâce aux pratiques numériques déployées à l’occasion de la crise. En plus d’une augmentation importante de la participation grâce aux échanges à distance, près de la moitié des dirigeant⋅es associatifs notent que l’information circule mieux et que les tâches administratives prennent moins de temps. De plus, dans les associations employeuses, le télétravail s’est développé.

Améliorations grâce aux pratiques numériques déployées à l’occasion de la crise observées par les dirigeants associatifs


Une majorité de dirigeant⋅es associatifs (53%) considèrent que leur association est en bonne voie dans ses pratiques numériques. Et c'est dans les secteurs du social, de la culture, de l’environnement ou de l’éducation populaire qu'on trouvera les organisations les plus expérimentées en la matière. C'est aussi dans les associations employeuses que le niveau de maturité numérique est le plus élevé.

Ce qui interpelle en revanche, c'est le fait que 18% des associations ayant entre 20 et 49 salarié⋅es se sentent « peu initiées » sur le numérique. Ces associations semblent avoir besoin de se professionnaliser et de se structurer autour des bons outils, à la différence de celles de plus de 50 salariés. Pour passer le cap, il s’agit de pouvoir répondre à l’ensemble des besoins en matériel informatique, tout en repensant l’ensemble du système informatique : câblage et aménagement des bureaux, mise en réseau de différents sites, connexion stable, etc.


Motivations à utiliser le numérique dans les associations

Faire connaître l’association et communiquer sur les actions menées reste, en 2022, la première motivation à utiliser le numérique. L’information et l’animation de la communauté ainsi que la gestion administrative (comptabilité, gestion des adhérent⋅es, suivi et évaluation des actions...) viennent ensuite, suivies par le travail collaboratif (+ 11 points par rapport à 2019). Les autres objectifs sont partagés par moins de 30% des associations. Parmi eux, l’organisation des assemblées générales et des conseils d’administration en ligne concerne aujourd’hui un quart des associations.

Graphique - Pourquoi votre association utilise-t-elle des outils numériques ?

Plus le niveau de maturité numérique d'une association est élevé et plus elle est en mesure de se tourner vers le numérique pour trouver des solutions aux enjeux du quotidien.


Outils numériques utilisés dans les associations

Ces outils sont de plus en plus variés et les associations s'en saisissent de plus en plus.

Graphique - % d'utilisation des outils numériques utilisés par les associations en 2022

Par croisement des réponses, plus de 80% des associations ont un site internet et/ou sont présentes sur les réseaux sociaux. Les outils de visioconférence occupent aujourd’hui la 3ème place des usages, suivis des outils de partage et de stockage de documents qui se sont largement développés pendant la crise.

En fin de liste, avec moins de 10% d’associations utilisatrices : 

  • les systèmes d’information RH pour gérer les paies, les congés, les notes de frais qui ne concernent que les associations employeuses et plus souvent celles d’une certaine taille ; 
  • les outils de gestion de projets potentiellement intéressants pour un large panel d’associations, mais nécessitant de revoir l’organisation et une initiation ; 
  • les plateformes de financement participatif ; 
  • les outils de relation réseau type CRM ;
  • les outils d’automatisation des tâches.

Paradoxalement, alors que les associations disent souhaiter utiliser le numérique pour gérer plus efficacement leurs activités, elles sont peu nombreuses à utiliser des outils de gestion de projets ou des outils de gestion RH. Mettre en place de tels outils nécessite de se lancer dans une démarche de transformation numérique qui impacte l’organisation, les différents profils d’utilisateurices et les processus/habitudes de travail et beaucoup d’associations ne sont pas prêtes à cet investissement initial.

On retiendra cependant que les outils numériques utilisés sont de plus en plus variés et que les associations s’en saisissent de plus en plus. En effet, à trois exceptions près (les outils de graphisme, de comptabilité et d’envoi d’emailing), les usages progressent, notamment avec une explosion des outils permettant de poursuivre ses activités à distance : collaboration, formation en ligne et paiement/don en ligne.


Difficultés rencontrées dans les usages numériques

En 2022 tout comme en 2019, l’enquête proposait aux dirigeant⋅es associatifs de pointer les difficultés rencontrées sous quatre angles : humain, technique, financier et/ou stratégique. Si 24% des responsables associatifs déclarent ne rencontrer aucune difficulté sur les sujets relatifs au numérique (contre 19 % en 2019), iels sont encore nombreu⋅ses (76 %) a en rencontrer.

Difficultés rencontrées par les associations dans leurs usages numériques (en 4 thématiques)

Arrivent en tête les difficultés d’ordre humain pour près de la moitié des dirigeants. Elles se situent ensuite sur le plan technique (34%), talonnées par le manque de moyens financiers (30%). Les questions d’ordre stratégique sont moins souvent soulevées (24%), probablement parce qu’elles sont nettement moins abordées dans les associations.

La mise en place de nombreux outils s’est faite de manière contrainte et forcée pendant la crise : l’urgence n’a pas permis de prendre le temps de réfléchir au choix de l’outil et à sa gouvernance sur le long terme. Les organisations réalisent donc aujourd’hui les conséquences organisationnelles en interne et se heurtent à des difficultés stratégiques pour repenser l’ensemble de leur transformation numérique.

En croisant ces résultats avec le niveau de maturité numérique, on met en évidence que les associations qui se considèrent « en progrès » témoignent de difficultés d’ordres humain, technique et financier proches de celles des « peu initiées ». On notera surtout que si les associations sans salarié⋅es sont majoritairement en prise avec des difficultés relationnelles et humaines, les associations employeuses, notamment de taille importante, sont plus affectées sur tous les plans.

Les associations qui déclarent ne rencontrer aucune difficulté sur les sujets relatifs au numérique relèvent principalement des secteurs du sport, du social et des loisirs. Elles sont également proportionnellement plus nombreuses parmi les petites associations. En ce qui concerne les territoires, les associations en zone rurale ne se distinguent pas de celles qui sont implantées en zone urbaine. Mais celles qui agissent en Quartiers de la Politique de la Ville sont plus souvent déclarées en difficultés sur ces sujets liés au numérique par leurs dirigeant⋅es.